pierre

C’est frais, c’est vrai, c’est simple, touchant de gratitude, d’une certaine candeur, celle de l’enfant, sans fard, sans masque, c’est léger presque, d’un air d’en haut à pleine bouffée de reconnaissance, d’émerveillement, dans la mosaïque une pierre bleu ciel, le blog de Thierry Bizot.

pagaille

« Mettez la pagaille », dit le pape François.

Pagaille venant de pagaie, il ne s’agit évidemment pas de mettre des coups dans l’eau ni dans le dos des rameurs d’à côté, mais plutôt de jeter le trouble, de bousculer les idées reçues, bref, de semer le doute.

Marrant ça, d’avoir à semer le doute.

bienveillance

« Je prie simplement les lectrices et les lecteurs de me faire le crédit de la bienveillance sans lequel il n’y a pas de compréhension possible. »

Ces mots me touchent de Joseph Ratzinger en avant-propos de l’un de ses livres. En notre monde hexagonal irrité, écorché, irascible sur les questions de foi, parler de Dieu aussitôt expose à des soupçons de sectarisme, de dogmatisme, de prosélytisme. Devant ce raidissement, qui est absence même d’un a priori bienveillant, le premier écueil est souvent moins d’éclairer une compréhension que de lever une suspicion.

Mon Dieu, nous n’avons à cœur que partager l’insondable espérance que vous avez déposée en nous, et c’est tout juste s’il ne faut pas s’en excuser.

fixette

Catholique, protestant, et ceci cela, l’essentiel n’est pas là.

Mais quand même, cette fixette que font nos amis protestants sur Marie, leur volonté de se faire croire que toute dévotion envers elle nous détourne de son Fils, qu’est théologiquement incongrue sa qualité de médiatrice – quand toutes les mamans le sont en permanence -, ces manières arc-boutées pour nous délivrer de notre erreur prêtent un peu à sourire parfois.

Nous n’ignorons pas que Marie est une créature, mais savons aussi que sans son fiat point de salut. Ce Salut, elle ne l’a pas accompli, mais l’a permis ; c’est de cela dont nous lui rendons grâce. Nous n’avons aucunement à l’esprit d’interdire à Dieu d’envoyer sa Mère au devant d’une petite bergère des Pyrénées ou d’ailleurs, et si la Dame de Massabielle demande que l’on y construise une chapelle, nous la construisons. Y venant pour prier, nous savons faire la part des choses, ne suivant en cela que sa recommandation : « Faites tout ce qu’Il vous dira. »

épaule

« Béni sois-Tu, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux tout-petits. »

Oh ! Notre Père ne cache rien aux sages et aux savants, c’est seulement que leur science, fut-elle celle de la sagesse, n’est qu’à hauteur d’homme.

Les tout-petits le sont à la manière des enfants, juchés sur des épaules.

estime

« Pour moi qui suis, enfin qui crois être athée, qui crois ne pas croire […] Au fond, j’aimerais mieux que Dieu existât… Mais ça me paraît quand même assez discutable au vu de tout ce qui se passe depuis que le monde existe. Il faut voir les choses telles qu’elle sont. […] J’en suis arrivé à penser que les gens qui ne pensaient pas comme moi – qui croyaient en Dieu – sont plus estimables que moi. » Georges Brassens

Plus estimables ? Mais non, Monsieur Brassens.

C’est juste qu’en acceptant librement l’hypothèse d’un Père nous offrant la prodigieuse beauté du monde et la vie – la vie -, l’idée vient à certains de se mettre à chercher. Et ayant trouvé – s’étant laissés trouver -, n’en sont pas plus estimables, ni même plus estimés.

Tel celui d’une maman, l’amour se partage sans se diviser, et c’est pour le fils prodigue que fut tué le veau gras.

étrangeté

Dites à un non-croyant qu’il n’est pas fruit du hasard, que sa vie a un sens infini, qu’il est aimé d’un Père qui n’attend que sa pleine liberté pour se manifester, et vous aurez deux types de réponse.

L’une qui songe que c’est trop beau pour être vrai. Cela peut se comprendre.

Une autre qui aboie presque et vous renvoie comme si vous aviez blasphémé. Étrange, qu’a-t-on dit d’insupportable ?

dommage

Après avoir achevé tout son discours devant le peuple, Jésus entra dans la ville de Capharnaüm. Un centurion de l’armée romaine avait un esclave auquel il tenait beaucoup ; celui-ci était malade, sur le point de mourir. Le centurion avait entendu parler de Jésus ; alors il lui envoya quelques notables juifs pour le prier de venir sauver son esclave. Arrivés près de Jésus, ceux-ci le suppliaient : « Il mérite que tu lui accordes cette guérison. Il aime notre nation : c’est lui qui nous a construit la synagogue. »

Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion lui fit dire par des amis : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver. Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : ’Va’, et il va ; à l’autre : ’Viens’, et il vient ; et à mon esclave : ’Fais ceci’, et il le fait. »
Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration. Il se tourna vers la foule qui le suivait : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! »
De retour à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé.

On remarquera en premier lieu que le Christ ne fait pas la morale : « Tu as un esclave ? Que c’est mal ! » Cette leçon aurait changé quoi ?

Il ne s’informe pas davantage sur la prise d’intelligence qu’a le centurion de sa foi. Après tout, ce dernier n’appréhende peut-être Jésus que comme un opportun faiseur de miracles.

Peu importe, Dieu ne demande qu’une grâce : croire d’abord.

L’histoire ne nous dit pas, c’est dommage, ce que fut par la suite la vie de ce centurion.

retrouvaille

La simple vue d’un être humain devrait nous émouvoir au moins autant – au moins autant ! – que tous les monts et merveilles que nous offre le monde. Mais si le cerf garde la grâce du faon, nous conservons si peu celle de l’enfant.

Notre véritable liberté est alors de vouloir la retrouver, c’est-à-dire de l’accueillir une seconde fois. Une trace de ces retrouvailles n’est certainement pas en notre miroir. En l’autre, plus sûrement, quand d’une vue simple – simplifiée – nous apercevons en lui, quel qu’il soit, une image du Père.

terrasse

En terrasse chez un copain pizzaïolo, client seul de dix-neuf heures, entre grivoiserie et bavardage, de l’âne à la poule.

La discussion soudain plus grave…

– Tu crois… ?

– Avec ce qui m’est arrivé, tu rigoles ou quoi.

Et s’en va.

Comment ne pas comprendre, mon Dieu.

On voulait convoquer l’espérance.

Rien.

Une soif de prier.

poésie

pierre eliane

« Elle n’offrira évidemment pas grand-chose au voyeur. Au curieux, un pâle reflet. Au pauvre de cœur, un trésor… Un peu de catéchisme ne serait pas inutile mais à ceux qui acceptent d’abandonner leurs préjugés, la poésie religieuse peut révéler sa lucidité théologique et sa puissante intercession. On dit d’un endroit, d’un moment, d’un changement : cela m’a fait du bien…

C’est la prétention de ce livre : faire du bien… »

Pierre Eliane

souplesse

La musique de Pierre Eliane sur les mots de Thérèse d’Avila, ou l’inverse.

« La souplesse du cœur » : rien de moins courant en cette époque où tout est dû, la joie sur catalogue et surenchère insatiable pour avoir raison de tout, la nature y compris.

« Il ne faut pas discuter », dit Thérèse d’Avila. C’est, commente Pierre Eliane, « n’être ni passif ni résigné », mais éprouver cette active dilatation de l’âme où la gratitude délivre de nos volontés sourdes de mainmise. Alors seulement peut s’entendre ce « tout est grâce » d’une autre Thérèse, de Lisieux.

http://dai.ly/xs80p8

mérite

Certains s’accordent tant de mérites qu’ils tendent à se suffire à eux-mêmes.

D’autres a contrario s’en prêtent tellement peu qu’ils pourraient être enclins à croire que Dieu ne peut s’intéresser à eux, songeant peut-être que seule une vie d’Abbé Pierre ou de Mère Teresa trouve grâce, là-haut. Il n’est rien d’infiniment plus faux.

Le Christ n’est pas venu pour les bien-portants, il n’en trouverait pas, si ce n’est de cet embonpoint de l’âme appelé vanité.

savoir

La physique actuelle repose sur 4% environ de la masse et de l’énergie de l’univers. Sur les 96% restants : 22% constituent ce que l’on nomme la matière noire, de structure inconnue et différente de celle des atomes qui ordonnent notre univers visible et quotidien ; 74% est appelée énergie sombre, d’une nature tout aussi inconnue et autre que celle qui régit nos ordinateurs et nos fusées.

On en sait des choses.

témoin

Parmi tant de paroles paisibles et fortes du pape François aux JMJ de Rio, celle-ci : « Hommes capables de soutenir avec amour et patience les pas de Dieu au milieu de son peuple. »

Les pas de Dieu ! Non les pas des hommes vers Dieu, mais les pas de Dieu au milieu de son peuple, qui est l’humanité tout entière. A Dieu le premier pas toujours. Dieu s’est incarné, mais un homme, une femme, lui ont donné la main pour l’aider à marcher, jusqu’à nous, et le témoin est précisément celui qui saisit à son tour cette main tendue d’un tout petit enfant. Ainsi Dieu s’élève.

valeur

« Les colonnes de Buren ne tirent leur valeur que du Palais-Royal qui les accueille comme un bernard-l’ermite. »

Cette ironique remarque de Jean Clair fait par extension songer que toute chose bâtie par l’homme est colonne de Buren face à la beauté du monde qui l’accueille. Et par suite que l’homme lui-même tire sa valeur d’une beauté qui ne procède pas de lui.

attention

L’histoire est bien connue de l’illustre violoniste Joshua Bell jouant incognito sur son Stradivarius dans un hall du métro de Washington et une indifférence quasi générale.

C’est profondément pour des mêmes raisons de perception par préjugé ou procuration, c’est-à-dire méconnaissance, que le créateur de la symphonie du monde ne retient guère davantage notre attention.