volonté

Qu’est-ce qu’être chrétien ?

On peut tourner la question dans tous les sens, elle nous ramène toujours au mont des Oliviers : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que toi tu veux. »

Notre individualisme sous toutes ses formes n’a de but que l’affirmation de notre volonté. En ne voulant que celle du Père – en n’ayant seulement que la volonté de vouloir -, nous sommes chrétien, parce qu’à l’image la plus nette du Christ.

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alliage

« Eli, Eli, lama sabachthani ? »

J’entends à peine murmurée l’une de vos dernières paroles sur la Croix et n’y distingue clairement qu’une extinction de Voix.

« Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Si en cette seconde au centre de tous les temps le Père n’est plus dans le Fils, alors votre unité Trinitaire est rompue, comme un morceau de pain, et l’on peut ainsi dire que Dieu n’est plus Dieu, qui va aussi rendre l’Esprit.

En cette seconde, Jésus Fils de Dieu, vous ne faites plus qu’un avec notre nature humaine, plus qu’un avec notre humanité, plus qu’Un avec l’Homme. Vous êtes – selon votre propre expression tellement déroutante et si souvent proférée dans votre Evangile – le Fils de l’Homme.

Et le ciel s’obscurcit.

L’alliance est plus qu’un alliage, c’est un pur métal de plomb coulé dans le plomb.

Pour nous hisser hors de l’abîme où nous sommes terrés, vous nous rejoignez corps et âme dans un don infini qui va jusqu’à l’oubli de vous-même, jusqu’à renoncer à votre divinité.

Oui, jusqu’à renoncer à votre divinité, « sans retenir jalousement le rang qui vous égalait à Dieu. » *

Vous avez d’abord communié à nous pour que nous puissions ensuite communier à vous dans la lumière d’un matin de Pâques.

La Résurrection, c’est du plomb en or au feu de l’Esprit.

Extrait de Lucie à la naissance du jour

* Ph, 2, 6

estime

« Pour moi qui suis, enfin qui crois être athée, qui crois ne pas croire […] Au fond, j’aimerais mieux que Dieu existât… Mais ça me paraît quand même assez discutable au vu de tout ce qui se passe depuis que le monde existe. Il faut voir les choses telles qu’elle sont. […] J’en suis arrivé à penser que les gens qui ne pensaient pas comme moi – qui croyaient en Dieu – sont plus estimables que moi. » Georges Brassens

Plus estimables ? Mais non, Monsieur Brassens.

C’est juste qu’en acceptant librement l’hypothèse d’un Père nous offrant la prodigieuse beauté du monde et la vie – la vie -, l’idée vient à certains de se mettre à chercher. Et ayant trouvé – s’étant laissés trouver -, n’en sont pas plus estimables, ni même plus estimés.

Tel celui d’une maman, l’amour se partage sans se diviser, et c’est pour le fils prodigue que fut tué le veau gras.

retrouvaille

La simple vue d’un être humain devrait nous émouvoir au moins autant – au moins autant ! – que tous les monts et merveilles que nous offre le monde. Mais si le cerf garde la grâce du faon, nous conservons si peu celle de l’enfant.

Notre véritable liberté est alors de vouloir la retrouver, c’est-à-dire de l’accueillir une seconde fois. Une trace de ces retrouvailles n’est certainement pas en notre miroir. En l’autre, plus sûrement, quand d’une vue simple – simplifiée – nous apercevons en lui, quel qu’il soit, une image du Père.

souplesse

La musique de Pierre Eliane sur les mots de Thérèse d’Avila, ou l’inverse.

« La souplesse du cœur » : rien de moins courant en cette époque où tout est dû, la joie sur catalogue et surenchère insatiable pour avoir raison de tout, la nature y compris.

« Il ne faut pas discuter », dit Thérèse d’Avila. C’est, commente Pierre Eliane, « n’être ni passif ni résigné », mais éprouver cette active dilatation de l’âme où la gratitude délivre de nos volontés sourdes de mainmise. Alors seulement peut s’entendre ce « tout est grâce » d’une autre Thérèse, de Lisieux.

valeur

« Les colonnes de Buren ne tirent leur valeur que du Palais-Royal qui les accueille comme un bernard-l’ermite. »

Cette ironique remarque de Jean Clair fait par extension songer que toute chose bâtie par l’homme est colonne de Buren face à la beauté du monde qui l’accueille. Et par suite que l’homme lui-même tire sa valeur d’une beauté qui ne procède pas de lui.