agenda

« L’homme c’est de la matière qui prend conscience d’elle-même », nous dit ce bon Hubert Reeves qui n’est pas à une contradiction près. On fera inutilement remarquer au scientifique que la probabilité d’obtenir une protéine fonctionnelle est de un sur dix puissance cent soixante-quatre quand il ne s’est écoulé – comparaison tout aussi inutile – que dix puissance seize secondes depuis le Big Bang.

Dieu n’est pas une aiguille dans une botte de foin, plutôt fétu de paille – d’étable -, vingt-cinquième heure de nos agendas. Si au lieu de déplorer son silence notre priorité était silencieuse de lui coller aux basques, on finirait larme. De joie.

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volonté

Qu’est-ce qu’être chrétien ?

On peut tourner la question dans tous les sens, elle nous ramène toujours au mont des Oliviers : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que toi tu veux. »

Notre individualisme sous toutes ses formes n’a de but que l’affirmation de notre volonté. En ne voulant que celle du Père – en n’ayant seulement que la volonté de vouloir -, nous sommes chrétien, parce qu’à l’image la plus nette du Christ.

acuité

« Tant qu’on ne s’est pas rendu compte qu’on est un pauvre type, on n’a rien compris. » – Pierre Goursat

Cette pensée est un noyau spirituel tellement irréductible qu’elle rend tout commentaire soit inutile, soit inutile.

épaule

« Béni sois-Tu, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux tout-petits. »

Oh ! Notre Père ne cache rien aux sages et aux savants, c’est seulement que leur science, fut-elle celle de la sagesse, n’est qu’à hauteur d’homme.

Les tout-petits le sont à la manière des enfants, juchés sur des épaules.

souplesse

La musique de Pierre Eliane sur les mots de Thérèse d’Avila, ou l’inverse.

« La souplesse du cœur » : rien de moins courant en cette époque où tout est dû, la joie sur catalogue et surenchère insatiable pour avoir raison de tout, la nature y compris.

« Il ne faut pas discuter », dit Thérèse d’Avila. C’est, commente Pierre Eliane, « n’être ni passif ni résigné », mais éprouver cette active dilatation de l’âme où la gratitude délivre de nos volontés sourdes de mainmise. Alors seulement peut s’entendre ce « tout est grâce » d’une autre Thérèse, de Lisieux.

plaisir

Tous les métiers des hommes ont pour finalité le plaisir des autres hommes. La sardine du pêcheur, les plans de l’architecte, le charbon du mineur, le vin du vigneron, l’aspirine du pharmacien, le livre de l’auteur, la soudure du plombier, le croissant du boulanger, le branchement de l’électricien…, sont au service a minima d’un peu de bien-être. Nul ne peut avoir pignon sur rue avec une intention autre, sauf à la dissimuler. Ainsi dit-on d’escrocs et autres charlatans qu’ils sont de faux marchands de bonheur. Si certaines professions souffrent d’un déficit d’image, l’huissier ou le préposé aux contraventions, c’est précisément par le fait que leur activité ne fait pas plaisir à tout le monde, mais quand même à certains ! Pour schématiser, il y a les faiseurs de joie pour autrui et des gardiens de joie d’autrui, chaque homme entre les deux essayant de faire la sienne.

Bref, par la satisfaction de nos cinq sens et le plaisir de l’esprit qui en résulte nous sommes, contre tout utilitarisme naturel, faits pour la joie.

Ce n’est une évidence que parce que nous en provenons.

part

La parabole des ouvriers de la onzième heure souvent provoque un sentiment disons mitigé. Que des vendangeurs d’une fin d’après-midi soient rétribués au même plein salaire que ceux de toute une journée déroge à notre sens du mérite et de l’équité.

L’économie et la justice divines n’étant pas les nôtres, les appréhender à l’aune de nos réflexes humains pourrait en l’espèce relever d’une triple immaturité spirituelle. Celle d’abord de se supposer implicitement ouvrier d’un lever du jour. D’ignorer ensuite que l’on peut ardemment en une heure (a)cueillir au moins autant qu’en dix heures assoupi.

Enfin et surtout : outre que tout est don, et grâce, une plénitude de joie est indivisible.