jauge

Serons-nous jugés ou nous jugerons-nous plutôt nous-mêmes ?

Dans une large mesure – peut-être -, ce n’est pas ce que nous auront fait ou pas fait qui sera compté mais ce que nous aurons laissé Dieu faire en nous.

Non pas un Juge mais une Jauge.

Quelle quantité d’essence divine aurons-nous accueillie pour tel un bouchon de liège nous élever avec elle ?

En bas la lie d’un fond de cuve, en haut la part des anges.

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blessure

« Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. »  Pape François, bien sûr.

Le chrétien ne doit pas coller comme autant de sparadraps « ses leçons apprises et préceptes humains », selon les mots du Christ, mais dire la tendresse éprouvée d’un Père. C’est elle qui soigne, guérit, relève. Elle a besoin pour cela de prières qui entrouvrent, de silences qui comprennent, de paroles qui sèment, de gestes qui pansent, pas de leçons de morale.

Il n’est que Dieu pour nous donner à voir – rien de moins grave – à quel point nous sommes malades.

dalle

Il existe me semble-t-il deux profils de pape : les plutôt Pierre, les plutôt Paul. Les premiers sont fondateurs, les seconds bâtisseurs, étant bien entendu que l’un n’exclut pas l’autre, que sont les deux tendances en calices communicants. Chez les uns le cœur forge l’esprit, chez les autres l’esprit attise le cœur. Les Pierre sont de chair spirituelle, les Paul d’esprit charnel. L’ardeur les unit, ici plus enveloppante, là plus incisive.

Il est probable que, par nécessité, l’on trouve plus de bâtisseurs que de fondateurs. Jean XXIII, fondateur. Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, bâtisseurs. François, fondateur. Et tous apôtres, avec leur sensibilité et, plus encore, leur mesure de l’urgence du temps.

Le pape François sait pouvoir s’appuyer sur le corpus théologique consolidé par ses prédécesseurs. Sur une dalle première, la force des trois piliers suivants permet d’asseoir une dalle nouvelle, de revenir au fondement : la loi, mais pour l’homme. Dès lors, la miséricorde devant.

acuité

« Tant qu’on ne s’est pas rendu compte qu’on est un pauvre type, on n’a rien compris. » – Pierre Goursat

Cette pensée est un noyau spirituel tellement irréductible qu’elle rend tout commentaire soit inutile, soit inutile.

mérite

Certains s’accordent tant de mérites qu’ils tendent à se suffire à eux-mêmes.

D’autres a contrario s’en prêtent tellement peu qu’ils pourraient être enclins à croire que Dieu ne peut s’intéresser à eux, songeant peut-être que seule une vie d’Abbé Pierre ou de Mère Teresa trouve grâce, là-haut. Il n’est rien d’infiniment plus faux.

Le Christ n’est pas venu pour les bien-portants, il n’en trouverait pas, si ce n’est de cet embonpoint de l’âme appelé vanité.

miséricorde

« Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis, mais à qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, cela ne sera pas remis. »

Quel est donc ce péché impardonnable contre l’Esprit dont parle le Christ ?

Rappelons d’abord ceci : ce que le christianisme a de plus précieux à nous dire est qu’il n’y a pas lieu de mettre à la miséricorde divine des limites qui n’existent que dans notre propre esprit. En d’autres termes, il n’y a pas une faute, aussi incommensurable soit-elle, que Dieu ne puisse, ne veuille, pardonner.

En résumé : on peut dire contre le Christ, pas contre l’Esprit, alors même que le Père est infini pardon. Comment sortir de cette trinitaire aporie ?

La problématique de l’homme est toujours sa liberté. Face à nos fautes, notre conscience – autant qu’elle n’est pas obscurcie, ou faussée par procuration – nous incrimine et nous juge, elle est l’accusatrice. Mais il est un défenseur, qui est précisément l’Esprit (ou Paraclet, c’est-à-dire étymologiquement, l’avocat qui intercède, console).

La faute à son encontre est sa révocation, le pardon avec.

coulpe

Nous ne croyons plus au péché – le mot a de nauséeux relents de cléricalisme – mais évoluons sous la surveillance (étroite, par définition) de comités de salut éthique et de polices de la pensée.

Nous ne croyons plus au péché mais vivons sous le régime de la repentance, laquelle ne consiste toutefois qu’en un repentir des fautes de nos ancêtres.

Nous ne croyons plus au péché, moyennant quoi nous ne savons plus ce qu’est la miséricorde, encore moins le pardon, au diable l’absolution.

N’en jetons plus, la coulpe est pleine.