blessure

« Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. »  Pape François, bien sûr.

Le chrétien ne doit pas coller comme autant de sparadraps « ses leçons apprises et préceptes humains », selon les mots du Christ, mais dire la tendresse éprouvée d’un Père. C’est elle qui soigne, guérit, relève. Elle a besoin pour cela de prières qui entrouvrent, de silences qui comprennent, de paroles qui sèment, de gestes qui pansent, pas de leçons de morale.

Il n’est que Dieu pour nous donner à voir – rien de moins grave – à quel point nous sommes malades.

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dalle

Il existe me semble-t-il deux profils de pape : les plutôt Pierre, les plutôt Paul. Les premiers sont fondateurs, les seconds bâtisseurs, étant bien entendu que l’un n’exclut pas l’autre, que sont les deux tendances en calices communicants. Chez les uns le cœur forge l’esprit, chez les autres l’esprit attise le cœur. Les Pierre sont de chair spirituelle, les Paul d’esprit charnel. L’ardeur les unit, ici plus enveloppante, là plus incisive.

Il est probable que, par nécessité, l’on trouve plus de bâtisseurs que de fondateurs. Jean XXIII, fondateur. Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, bâtisseurs. François, fondateur. Et tous apôtres, avec leur sensibilité et, plus encore, leur mesure de l’urgence du temps.

Le pape François sait pouvoir s’appuyer sur le corpus théologique consolidé par ses prédécesseurs. Sur une dalle première, la force des trois piliers suivants permet d’asseoir une dalle nouvelle, de revenir au fondement : la loi, mais pour l’homme. Dès lors, la miséricorde devant.

pagaille

« Mettez la pagaille », dit le pape François.

Pagaille venant de pagaie, il ne s’agit évidemment pas de mettre des coups dans l’eau ni dans le dos des rameurs d’à côté, mais plutôt de jeter le trouble, de bousculer les idées reçues, bref, de semer le doute.

Marrant ça, d’avoir à semer le doute.

bienveillance

« Je prie simplement les lectrices et les lecteurs de me faire le crédit de la bienveillance sans lequel il n’y a pas de compréhension possible. »

Ces mots me touchent de Joseph Ratzinger en avant-propos de l’un de ses livres. En notre monde hexagonal irrité, écorché, irascible sur les questions de foi, parler de Dieu aussitôt expose à des soupçons de sectarisme, de dogmatisme, de prosélytisme. Devant ce raidissement, qui est absence même d’un a priori bienveillant, le premier écueil est souvent moins d’éclairer une compréhension que de lever une suspicion.

Mon Dieu, nous n’avons à cœur que partager l’insondable espérance que vous avez déposée en nous, et c’est tout juste s’il ne faut pas s’en excuser.

témoin

Parmi tant de paroles paisibles et fortes du pape François aux JMJ de Rio, celle-ci : « Hommes capables de soutenir avec amour et patience les pas de Dieu au milieu de son peuple. »

Les pas de Dieu ! Non les pas des hommes vers Dieu, mais les pas de Dieu au milieu de son peuple, qui est l’humanité tout entière. A Dieu le premier pas toujours. Dieu s’est incarné, mais un homme, une femme, lui ont donné la main pour l’aider à marcher, jusqu’à nous, et le témoin est précisément celui qui saisit à son tour cette main tendue d’un tout petit enfant. Ainsi Dieu s’élève.

carrière

Je me méfie du séminariste ou de la novice qui dit : « moi, j’ai choisi cette route ». Ça ne me plaît pas, ça ne va pas !

Parole on ne peut plus directe du pape François, fioretti sans fioriture bien à l’image du bonhomme.

Un chrétien ne peut faire carrière, c’est-à-dire élaborer plan, développement, stratégie. Le Christ est chemin, autant dire que la route est ouverte, nul besoin de la tracer par nous-mêmes ni tenter de la connaître à l’avance, compas et cartes en mains. Il ne s’agit pas de voir et choisir, mais librement d’entendre et répondre, et la voix de celui qui appelle ne fait pas mille détours. Ce sont nos propres choix de direction qui égarent.

Un chrétien ne peut faire carrière, qu’à ciel ouvert.

ferment

« On pourrait imaginer que l’éthologie puisse remplacer la théologie pour fonder une éthique post-moderne », écrit Michel Onfray.

On savourera d’abord la reconnaissance implicite par Onfray de ce que la théologie a fondé l’éthique. Comment définir en effet la dignité de tout homme si ne nous sommes que des vers poussés par hasard sur une croûte terrestre par l’effet combiné d’un taux d’ensoleillement et d’humidité adéquats ?

L’éthologie ! Elle nous ferait appât pour la pêche au gros. C’est dans la barbarie le ferment de la foi qui à travers les siècles a forgé la civilisation. Fragile vernis. Au pays de Goethe et Mozart la Shoah, éclipse d’Humanité en sa volonté précisément d’anéantissement du peuple du Livre, du Père.

Dans sa première encyclique, Lumen Fidei, le pape François cite le poète Thomas Stearns Elliot : « Avez-vous peut-être besoin qu’on vous dise que même ces modestes succès /Qui vous permettent d’être fiers d’une société éduquée / Survivront difficilement à la foi à laquelle ils doivent leur signification ? »