zèle

« Il me semble que dans la mesure où le romancier dépasserait les apparences et saurait atteindre profondément l’homme intérieur, bien loin d’éviter de peindre la nature déchue, il toucherait là une région peu connue de notre misère. Ce serait l’histoire des passions qui se masquent pour que l’homme, épris de sa propre perfection, ne les reconnaisse pas. La seule luxure, incapable de déguisement, serait par lui dominée et vaincue. Mais des autres péchés capitaux, et surtout de l’orgueil, il ne reconnaîtrait jamais le visage, parce qu’ils auraient su revêtir un aspect édifiant, et rivaliseraient d’ardeur et de zèle jusqu’à ce que leur victime se considère comme un Dieu. Peut-être, le véritable saint est-il un homme qui ne s’arrête pas de démasquer en lui et d’authentifier à chaque instant toutes ces passions à la face voilée. D’où cette humilité qui nous étonne, ces abîmes d’humilité chez des êtres déjà dans le ciel. Mais eux, ils voient ce que nous ne voyons pas, ils savent que durant toute leur vie ils n’ont cessé d’arracher leur couteau et leur masque aux vices qui se déguisent en vertus. » François MAURIAC

Le zèle du Progrès au nom toujours d’un soi-disant Bien mais zèle aveuglé aux Lumières d’un Homme ex nihilo Dieu de lui-même.

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mouvement

Progrès : vitesse, obsolescence, frénésie, rupture, bruit, croissance.

Croissance : lenteur, continuum, déploiement, unité, silence, progrès.

loi

« La loi est faite pour l’homme et non pas l’homme pour la loi. » Cette parole du Christ est au cœur du christianisme.

On observera d’abord que loi il y a : « être un homme, c’est s’empêcher ». Ce commandement moral procède soit de la raison humaine (c’est la thèse de Nietzsche, Kant…), soit d’une transcendance.

En introduisant une dynamique – la loi n’est pas l’alpha et l’oméga – le Christ stipule que la vérité ne procède pas de la raison mais qu’il existe au-dessus de la raison – censée sinon forger seule son commandement moral – une vérité première telle qu’elle peut affranchir la raison de son propre commandement. « L’homme n’est pas fait pour la loi » qui est la raison même de son humanité. Cette humanité n’est donc pas sa fin.

L’homme n’a alors le choix qu’entre se retourner vers la transcendance ou « progresser » vers le post-humain…

pente

Le culte, spirituel, en une église. Le cultuel, esthétique, dans un musée. Le culturel, festif, chez Pixmania.

Du progrès la pente de la joie.

chocolat

L’Eglise est humainement ce qu’elle est, ce que nous sommes – « le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles », disait Bernanos -, mais elle a spirituellement partie liée avec l’absolu et on ne manipule pas le logos comme un lego. Elle est dès ici-bas promesse d’une éternité qui renverra la mode et l’air du temps au rayon des invendus.

Et l’on voudrait qu’elle s’adapte à la modernité ? On demandera un jour aux écureuils de se mettre au Nutella, on fabriquera des pots à taille de noisette que des marchands du temple essaieront à Central Park de leur vendre en cornet.

C’est aussi sot que ça.

progrès

« Dieu se rit des gens qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », disait Bossuet.

Les penseurs libertaires en croisade contre leurs homologues libéraux prêtent ainsi à sourire. Le libéralisme culturel et sociétal, nommé Progrès, consiste en une privatisation des valeurs morales et esthétiques. Conséquemment, l’individu-roi dans une société sans socle véritable de valeurs communes devient vite le profil idéal – cerveau isolé parfaitement disponible – pour le libéralisme marchand. Alain Badiou l’exprime ainsi : « Une subjectivité solitaire pour qui son opinion la plus spontanée mérite d’être inscrite à la face du monde, en équivalence à toutes les autres. Mais ça, qu’est-ce que c’est ? C’est le sujet rêvé pour le capitalisme. Celui-ci ne veut surtout pas de sujet pour qui il existe des valeurs non substituables. Il n’en a rien à faire, car ça ne correspond en rien à la circulation qu’il organise. »

Le libéralisme culturel s’avère ainsi l’ami le plus précieux du capitalisme en creusant le lit mieux que quiconque de son flot de marchandises (on pourra se reporter à ce titre aux ouvrages éclairants de Jean-Claude Michéa).