don

Un mal ne procède pas forcément d’une absence de vertu mais peut éclore sur cette forme habile de l’orgueil qu’est une vertu autocentrée.

A la fin du IVème siècle vécut un moine chrétien nommé Pélage dont l’ascétisme professa la capacité de l’homme à atteindre un haut niveau d’élévation spirituelle, jusqu’à la sainteté, par la seule force de son âme, son esprit, sa volonté. Un conflit théologique rapidement l’opposa à Saint-Augustin qui eut cette réplique foudroyante : « Vous faites consister la grâce du Christ dans son exemple et non dans le don de sa personne. »

Une humanité qui récuse le don refuse également sa finitude et par suite, y compris sous les atours du bien, s’autodétermine puissamment sans limites. Ainsi qui fait l’ange fait la bête.

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peur

Notre mal le plus profond est la peur, tous nos maux intimes et collectifs en procèdent.

Il est jusqu’à l’orgueil, ver grossissant de nous-même, pour se nourrir d’elle en imaginant la vider de sa substance. En vain, elle est puits sans fond d’un manque et révèle chez le plus suffisant son insuffisance.

Ce paradoxe s’éclaire si l’on veut bien voir qu’une inaliénable dépendance est inscrite au cœur profondément de tout homme. « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il t’ait trouvé », disait Saint-Augustin. La peur alors au point de n’en avoir plus besoin est bonne conseillère.

destination

« Aime et fais ce que tu voudras », disait Saint-Augustin. Toute la Loi est là, étant d’abord entendu qu’aimer consiste également et peut-être avant tout à ne pas faire ce que l’on veut et parfois encore à faire ce que l’on ne veut pas.

Les contempteurs des dogmes ecclésiaux, soi-disant carcéraux – quand ils ne sont, disait André Frossard, que « des fenêtres ouvertes sur l’infini » -, s’avèrent d’implacables chantres du moralement correct. Rien d’étonnant. Leur évangile sans Dieu se réduit de facto à un corpus de valeurs morales, ce que le christianisme n’est in fine qu’accessoirement tant son message bien compris se résume en ceci : nous venons de l’amour et nous sommes faits pour y retourner.