volonté

Qu’est-ce qu’être chrétien ?

On peut tourner la question dans tous les sens, elle nous ramène toujours au mont des Oliviers : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que toi tu veux. »

Notre individualisme sous toutes ses formes n’a de but que l’affirmation de notre volonté. En ne voulant que celle du Père – en n’ayant seulement que la volonté de vouloir -, nous sommes chrétien, parce qu’à l’image la plus nette du Christ.

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alliage

« Eli, Eli, lama sabachthani ? »

J’entends à peine murmurée l’une de vos dernières paroles sur la Croix et n’y distingue clairement qu’une extinction de Voix.

« Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Si en cette seconde au centre de tous les temps le Père n’est plus dans le Fils, alors votre unité Trinitaire est rompue, comme un morceau de pain, et l’on peut ainsi dire que Dieu n’est plus Dieu, qui va aussi rendre l’Esprit.

En cette seconde, Jésus Fils de Dieu, vous ne faites plus qu’un avec notre nature humaine, plus qu’un avec notre humanité, plus qu’Un avec l’Homme. Vous êtes – selon votre propre expression tellement déroutante et si souvent proférée dans votre Evangile – le Fils de l’Homme.

Et le ciel s’obscurcit.

L’alliance est plus qu’un alliage, c’est un pur métal de plomb coulé dans le plomb.

Pour nous hisser hors de l’abîme où nous sommes terrés, vous nous rejoignez corps et âme dans un don infini qui va jusqu’à l’oubli de vous-même, jusqu’à renoncer à votre divinité.

Oui, jusqu’à renoncer à votre divinité, « sans retenir jalousement le rang qui vous égalait à Dieu. » *

Vous avez d’abord communié à nous pour que nous puissions ensuite communier à vous dans la lumière d’un matin de Pâques.

La Résurrection, c’est du plomb en or au feu de l’Esprit.

Extrait de Lucie à la naissance du jour

* Ph, 2, 6

fixette

Catholique, protestant, et ceci cela, l’essentiel n’est pas là.

Mais quand même, cette fixette que font nos amis protestants sur Marie, leur volonté de se faire croire que toute dévotion envers elle nous détourne de son Fils, qu’est théologiquement incongrue sa qualité de médiatrice – quand toutes les mamans le sont en permanence -, ces manières arc-boutées pour nous délivrer de notre erreur prêtent un peu à sourire parfois.

Nous n’ignorons pas que Marie est une créature, mais savons aussi que sans son fiat point de salut. Ce Salut, elle ne l’a pas accompli, mais l’a permis ; c’est de cela dont nous lui rendons grâce. Nous n’avons aucunement à l’esprit d’interdire à Dieu d’envoyer sa Mère au devant d’une petite bergère des Pyrénées ou d’ailleurs, et si la Dame de Massabielle demande que l’on y construise une chapelle, nous la construisons. Y venant pour prier, nous savons faire la part des choses, ne suivant en cela que sa recommandation : « Faites tout ce qu’Il vous dira. »

harmonie

D’une certaine manière, la religion est à la foi ce que le solfège est à la musique, un moyen non pas une fin. Pour que sa musique parvienne jusqu’à nous, il est heureux que Mozart ait pu écrire ses partitions.

Que nous soyons insensibles à celle du Christ est notre pleine liberté. Que les fausses notes de ses piètres interprètes nous laissent à distance ne peut que s’entendre. Que le second point serve de prétexte au premier et c’est nous qui jouons faux.

enseigne

Que les politiques mettent une enseigne à leur boutique est de bonne guerre, qu’un citoyen se pense homme de gauche ou de droite est pittoresque. La palme en la matière revient à l’homme de gôche la bouche en truc de poule et manières à peine voilées de s’autoproclamer un homme de cœur, un homme de bien ; on est l’un ou l’autre comme on est poète ou génie, il n’y a que les autres pour le dire.

Outre que les affaires humaines s’avèrent trop complexes pour les appréhender d’une manière binaire, ces référentiels identitaires, droite et gauche, sont étriqués un peu trop pour s’y sentir à l’aise longtemps. Simone Weil disait que la justice est une fugitive du camp des vainqueurs. Y demeure l’esprit partisan – à l’esprit de liberté ce que le merlan frit est au saumon des rivières -, esprit habité par une peur panique d’être déjugé ou mal jugé par son camp à qui il se croit tenu de donner en permanence des gages fébriles d’appartenance, preuve qu’il tient moins à sa libre réflexion qu’à sa petite réputation. Au final, son appréciation des choses et des êtres s’en remet à l’étiquette, assurance parfaite de déguster tôt ou tard la piquette.

La droite et la gauche ont deux siècles d’âge, à l’enseigne du Christ un air suranné.

geste

Le Big Bang porte l’univers en une tête d’épingle, l’Incarnation l’océan dans une goutte d’eau, une maman la vie en un fœtus de paille. Ainsi, à l’image de Dieu, le plus minuscule geste de charité : l’infiniment grand dans l’infiniment petit.