souci

Mon Dieu, qu’attends-tu de moi ? Telle est, plus qu’une prière, la supplication de l’homme de foi face aux aléas, aux obstacles, aux peines apparemment perdues.

En ces incontournables moments de questionnements, il n’est assurément de bonne attitude que celle d’Edith Stein : « Je ne me fais pas de souci, Dieu sait très bien ce qu’il doit faire de moi. »

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pareil

Un dimanche dernier peu avant onze heures je croise dans la rue un gars que je connais un peu, sans plus, avec qui j’échange occasionnellement entre zinc et café.

– Tu vas où par là ?

– A la messe.

– Ah, tu es religieux, me dit-il, waouh ça me fait plaisir !

Il est musulman, je suis chrétien, ça lui fait plaisir et ça me fait plaisir que ça lui fasse plaisir.

– Chrétien, musulman, c’est pareil, me dit-il pour finir.

J’ai vu ce qu’il entendait par « c’est pareil » : quand nous prions, lui ou moi, c’est sur nous le même regard de tendresse que nous éprouvons. A cette douceur-là, c’est pareil.

terrasse

En terrasse chez un copain pizzaïolo, client seul de dix-neuf heures, entre grivoiserie et bavardage, de l’âne à la poule.

La discussion soudain plus grave…

– Tu crois… ?

– Avec ce qui m’est arrivé, tu rigoles ou quoi.

Et s’en va.

Comment ne pas comprendre, mon Dieu.

On voulait convoquer l’espérance.

Rien.

Une soif de prier.

injustice

« La prière est, en somme, la seule révolte qui se tienne debout », disait Bernanos.

J’entends les cris d’orfraie des militants de la Lutte et du Grand Soir, ne décelant dans cette assertion que passivité, attentisme, renoncement. C’est en premier lieu mal connaître l’œuvre et la vie de Bernanos, tout d’engagement. C’est – outre la puissance de la prière – ignorer encore que la révolte livrée à elle-même fait litière toujours de ses plus belles aspirations d’origine. C’est ce risque d’avilissement de l’idée même de fraternité, quand coupée de sa source la soif de justice vampirise le bien, porte au ressentiment, l’aversion et, tôt ou tard, la haine, que Bernanos met en lumière : « Surtout ne va pas croire que tu ferais reculer l’injustice en la fixant dans les yeux comme un dompteur ! Tu n’échapperais pas à la fascination, à son vertige. Ne la regarde que juste ce qu’il faut, et ne la regarde jamais sans prier. »

Cela fait à l’extrême toute la différence entre un Lénine et un Mandela.

promesse

« Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »

Au-delà de ma pauvre expérience et son nombre de prières tombées à l’eau d’avoir si peu décollé, je tiens ces mots du Christ pour assurés.

« Tout ce que vous demanderez en priant » n’est pas « Tout ce que vous me prierez d’obtenir », autrement dit notre prière doit s’affiner, s’épurer, se tendre jusqu’à rejoindre celle du Christ lui-même au jardin des oliviers : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que toi tu veux. »

En second lieu, « croyez que vous l’avez reçu » est encore une manière qu’a la charité divine de nous rendre coauteur de l’accomplissement de notre prière. Dieu ne nous fait pas de haut en bas l’aumône ; la gloire de Dieu, c’est l’homme debout. Il faut croire d’abord !

Si nous parvenons à demander à Dieu ce qu’il veut nous donner tout comme un nourrisson réclame le sein de sa mère, nous verrons d’abondance s’accomplir une prière qui par avance est une promesse : « Je vous ferai monter vers une terre qui ruisselle de lait et de miel. »

prière

Nous avons certainement tous fait l’expérience d’un effervescent rassemblement de personnes dont l’une d’entre elles, qui ne nous connaît pas et à qui nous souhaiterions pouvoir parler, demeure inabordable, par accaparement, inattention, indifférence, voire par préjugé. D’une insistance de discrétion, nous avons fait un signe, tenté de souffler un mot, et ils sont tombés à l’eau.

Sans doute également nous est-il arrivé d’être cette personne absente à l’intérêt d’autrui.

Dieu est cet autre. Répondre à son insistance se nomme prière, dont je ne connais définition profondément plus belle que celle d’André Frossard : « Prier, c’est exaucer Dieu. »

cœur intelligent

Jean-Luc Mélenchon est sans doute un homme de cœur en plus d’un homme intelligent mais l’amalgame souvent n’opère pas, l’harmonie reste dissonante.

S’éclaire, à contre-jour, la prière à Dieu de Salomon, « donne-moi un cœur intelligent », comme si l’alliance des deux n’avait rien d’automatique, la cohérence de leur interaction nécessitant un catalyseur : la grâce hors de laquelle tout regard demeure obscurci.